Déductions

Location nue : les charges déductibles, et les autres

Au régime réel, chaque euro de charge déductible réduit l'impôt sur les loyers. Encore faut-il savoir lesquelles passent, sur quelle ligne, et lesquelles l'administration refuse. Le tri, poste par poste, avec les pièges du compte bancaire personnel.

Guide·6 min de lecture·Mis à jour le 24 juin 2026Chiffres vérifiés sur les sources officielles

Un particulier qui loue nu n'a pas de compte bancaire dédié, pas de comptable, pas de plan comptable. Ses loyers arrivent sur le même compte que son salaire, et la facture du plombier se perd entre deux courses. Au moment de remplir la 2044, tout l'enjeu est là : retrouver les charges qui se déduisent vraiment, et laisser de côté celles qui n'ont rien à y faire.

La règle de base : payé dans l'année, lié au bien loué

Une charge se déduit si elle a été payée pendant l'année, qu'elle concerne un bien donné en location et qu'elle figure dans la liste de l'article 31 du code général des impôts. Pas de facture non parvenue, pas de charge constatée d'avance : le revenu foncier se calcule en trésorerie. Une facture de décembre réglée en janvier se déduit l'année du paiement.

Chaque charge déduite doit avoir sa pièce : facture, avis, décompte du syndic, tableau d'amortissement du prêt. Sans justificatif, elle tombe au premier contrôle, majorations en prime.

Ce qui se déduit, ligne par ligne

ChargeLigne de la 2044Précision
Honoraires d'agence, de gestion, frais d'avocat ou de commissaire de justice221Montant réel
Autres frais de gestion222Forfait de 20 € par local, jamais le réel
Assurance propriétaire non occupant, loyers impayés223Pas l'assurance de son propre logement
Réparation, entretien, amélioration224Pas la construction ni l'agrandissement
Charges récupérables jamais récupérées225Au 31 décembre de l'année du départ du locataire
Indemnité d'éviction, frais de relogement226Sous conditions
Taxe foncière227Sans la taxe d'ordures ménagères refacturée
Provisions de copropriété229 puis 230Régularisées l'année suivante
Intérêts, frais et assurance d'emprunt250Traités à part en cas de déficit

Le forfait de la ligne 222 surprend souvent. Il remplace tous les petits frais de gestion courante : frais bancaires, téléphone, timbres, déplacements pour visiter le bien, petites fournitures. Un bailleur ne peut pas les déduire au réel, même factures en main. Deux locaux loués, c'est 40 €, pas plus.

Ce qui ne se déduit pas

  • le capital remboursé sur l'emprunt, seuls les intérêts passent ;
  • le prix d'achat, les droits de mutation et les frais de notaire de l'acquisition, qui serviront au calcul de la plus-value à la revente ;
  • l'amortissement de l'immeuble, hors dispositifs prévus par la loi ;
  • les travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement ;
  • la taxe d'enlèvement des ordures ménagères quand le locataire la rembourse ;
  • les charges récupérables remboursées par le locataire, qui ne sont ni une recette ni une charge ;
  • l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux payés sur les loyers ;
  • tout ce qui concerne la résidence principale ou secondaire du bailleur.
Une charge récupérable payée par le bailleur et remboursée par le locataire s'annule : ni recette en ligne 211, ni charge. Si le locataire part sans la rembourser, elle devient déductible en ligne 225, l'année de son départ.

Deux lignes méritent un mot de plus. La ligne 221 ne se limite pas à l'agence : elle accueille aussi les honoraires d'un avocat ou d'un commissaire de justice dans un litige locatif, la rémunération d'un tiers qui tient les comptes ou rédige les déclarations, et la cotisation à une chambre syndicale de propriétaires. La ligne 223 vise les assurances du propriétaire bailleur (propriétaire non occupant, loyers impayés, responsabilité civile du bailleur), jamais l'assurance du mobilier ni celle du logement que l'on habite.

Les charges communes à plusieurs biens

La 2044 se remplit immeuble par immeuble. Une dépense qui concerne deux biens doit donc être répartie. Le premier réflexe est l'affectation réelle : relevé de gérance par bien, montant par local sur l'avis de taxe foncière. Pour plusieurs lots d'un même immeuble sous le même régime, la notice permet de les regrouper dans une seule colonne, et la question disparaît. Pour deux immeubles distincts, aucun texte ne fixe de clé : il faut en retenir une, documentée et stable d'une année sur l'autre (surfaces, millièmes, capital emprunté affecté à chaque bien).

Même logique quand une partie de l'immeuble n'est pas louée, par exemple un logement occupé par le propriétaire dans une petite maison divisée. La notice ne retient alors les dépenses communes qu'au prorata des parties louées, d'après la répartition des charges entre occupants.

Isabelle possède deux studios dans deux immeubles différents et un seul contrat d'assurance propriétaire non occupant à 360 € par an, sans détail par lot. Elle répartit la prime au prorata des surfaces, 22 m² et 18 m² : 198 € pour le premier studio, 162 € pour le second. Elle note la clé dans son dossier et la garde l'année suivante. Sur le même relevé bancaire, elle écarte l'abonnement téléphonique (couvert par les 20 € par local) et la taxe foncière de sa résidence principale, qui n'a rien à faire dans la 2044.

Le piège du compte bancaire personnel

Le relevé mélange tout. Avant de compter, il vaut mieux trier chaque mouvement en trois familles : recettes locatives (loyers, aide au logement versée par la Caf au bailleur), charges du bien loué, et le reste, privé. Un virement net d'agence se reconstitue d'après le relevé de gérance : loyers bruts en ligne 211, honoraires en ligne 221. Une échéance de prêt se décompose avec le tableau d'amortissement, intérêts et assurance d'un côté, capital de l'autre. Ce tri fait l'essentiel du travail, et c'est lui qui protège en cas de contrôle.

Sources officielles

Chiffres à jour au 24 juin 2026, revus à chaque loi de finances.

Ce cas-là aussi. Et les autres.

La compta décrite dans cet article ? Marguerite la prépare, la validation reste humaine.