TVA

Autoliquidation de TVA dans le BTP

Dans la sous-traitance du bâtiment, le sous-traitant facture sans TVA et c'est le donneur d'ordre qui la déclare. Qui est concerné, quelle mention porter, quelles écritures des deux côtés et quelle amende en cas d'oubli : le mécanisme, pas à pas.

Guide·6 min de lecture·Mis à jour le 4 mars 2026Chiffres vérifiés sur les sources officielles

Un mécanisme qui inverse le redevable

En temps normal, celui qui vend collecte la TVA et la reverse à l'État. L'autoliquidation inverse ce schéma : c'est l'acheteur, et non le vendeur, qui déclare la taxe. Dans le bâtiment, ce mécanisme s'applique depuis 2014 à la sous-traitance de travaux. Le sous-traitant facture ses travaux hors taxes, sans TVA ; l'entreprise qui l'emploie — le donneur d'ordre — déclare elle-même la TVA correspondante et la déduit dans la foulée. L'objectif du dispositif était limpide : couper court à une fraude bien connue, où des sous-traitants encaissaient la TVA sans jamais la reverser.

Le fondement se trouve au 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts. Il ne vise que la sous-traitance : un contrat direct entre un artisan et son client particulier, lui, reste soumis à la TVA classique.

Qui est concerné

Trois conditions se cumulent. Il faut d'abord une véritable sous-traitance au sens de la loi de 1975 : une entreprise principale confie à une autre l'exécution d'une part d'un marché qu'elle a elle-même décroché. Il faut ensuite des travaux immobiliers : construction, rénovation, réparation, réfection, entretien, transformation ou démolition d'un bâtiment ou d'un ouvrage. Il faut enfin que le donneur d'ordre soit assujetti à la TVA en France.

Peu importe le rang du sous-traitant : en cas de sous-traitance en chaîne, chaque maillon qui réalise des travaux pour le compte d'un autre applique la règle. Un cas mérite tout de même l'attention : si le sous-traitant relève lui-même de la franchise en base, il ne facture de toute façon aucune TVA, et l'autoliquidation ne le concerne pas.

Certaines prestations restent en dehors. La simple livraison de matériaux ou de matériel sans pose, la location d'engins sans opérateur, les prestations intellectuelles d'un architecte ou d'un bureau d'études ne sont pas des travaux au sens du texte : elles se facturent avec TVA. La frontière n'est pas toujours nette ; en cas de doute sur une prestation mixte, le contrat et le devis départagent.

Côté sous-traitant : facturer HT avec la mention

Le sous-traitant établit sa facture hors taxes, sans ajouter de TVA. Il y porte une mention explicite — le mot « Autoliquidation » suffit — pour signaler que la taxe est due par le preneur. Dans sa propre déclaration de TVA, il inscrit ces travaux parmi les opérations non imposables : il ne collecte rien sur elles. Gare au réflexe inverse : un sous-traitant qui facturerait la TVA à tort la rendrait non déductible pour le donneur d'ordre, qui ne pourrait pas la récupérer.

Un devis, un bon de commande ou un contrat de sous-traitance signé sécurise l'ensemble : c'est lui qui prouve la relation de sous-traitance et justifie l'absence de TVA sur la facture. Sans ce fil conducteur, un contrôle peut requalifier l'opération et réclamer la taxe au sous-traitant.

Côté donneur d'ordre : déclarer et déduire

Le donneur d'ordre, lui, procède en deux temps sur sa déclaration. Il déclare le montant hors taxes des travaux sous-traités et la TVA correspondante parmi ses opérations imposables ; puis il déduit cette même TVA au titre de ses achats. Si son droit à déduction est total, les deux montants s'annulent : l'opération ne coûte rien en trésorerie, elle passe seulement par la déclaration. De son côté, le donneur d'ordre continue de facturer normalement la TVA à son propre client, le maître d'ouvrage.

Concrètement, sur la déclaration CA3, le montant hors taxes des travaux sous-traités s'inscrit dans la case des « autres opérations imposables », et la TVA correspondante rejoint les lignes de TVA déductible. Le sous-traitant, lui, reporte ces mêmes travaux en « autres opérations non imposables ». Les deux déclarations se répondent ainsi ligne à ligne.

RôleSur la factureSur la déclaration
Sous-traitantHT, mention « Autoliquidation »Opérations non imposables
Donneur d'ordreFacture son client avec TVADéclare et déduit la TVA des travaux reçus

L'entreprise générale Bâti-Sud remporte un chantier et confie la pose des cloisons à Karim, plaquiste. Karim facture 8 000 € de travaux, mention « Autoliquidation », sans TVA. Bâti-Sud enregistre 8 000 € de sous-traitance, puis autoliquide : 8 000 × 20 % = 1 600 € de TVA, déclarée en collectée et aussitôt déduite. Bilan de trésorerie : nul. Karim, de son côté, n'a pas eu à avancer de TVA, ce qui allège d'autant sa trésorerie.

Les écritures des deux côtés

Côté Karim, l'écriture est celle d'une vente sans TVA : le compte client est débité de 8 000 €, le compte de travaux crédité d'autant, aucune TVA collectée. Côté Bâti-Sud, la facture de sous-traitance de 8 000 € est enregistrée en charge, puis l'autoliquidation ajoute une ligne de TVA collectée de 1 600 € et une ligne de TVA déductible du même montant. La comptabilité reflète alors exactement ce que dit la déclaration : la taxe existe, elle est portée et reprise par la même entreprise.

L'oubli coûte 5 %

Négliger l'autoliquidation n'est pas neutre. Le donneur d'ordre qui omet de déclarer la TVA due s'expose à une amende de 5 % des sommes déductibles, prévue par l'article 1788 A du code général des impôts. La sanction peut sembler modeste — 5 % de la TVA en jeu — mais elle s'ajoute à la régularisation et se répète à chaque facture oubliée.

La régularisation reste heureusement simple : il suffit de porter la TVA omise sur une déclaration, en collectée et en déduction, comme elle aurait dû l'être dès le départ. Repérée tôt, l'omission ne laisse le plus souvent qu'une amende symbolique ; laissée courir sur un exercice entier, elle finit par peser.

À retenir, une ligne de chaque côté. Sous-traitant : facturer HT, écrire « Autoliquidation », ne rien collecter. Donneur d'ordre : déclarer la TVA sur les travaux reçus et la déduire dans la même déclaration. Et surtout, ne jamais laisser passer une facture de sous-traitance qui porterait de la TVA : elle ne serait pas récupérable.

Sources officielles

Chiffres à jour au 4 mars 2026 — revus à chaque loi de finances.

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La compta décrite dans cet article ? Marguerite la prépare, la validation reste humaine.