Conformité

Garder ses documents : les durées légales, par famille

Dix ans pour les pièces comptables, six pour le volet fiscal, cinq pour la paie : les durées ne coïncident jamais tout à fait. Voici ce qui se garde, combien de temps, et à partir de quand le compteur démarre.

Checklist·7 min de lecture·Mis à jour le 30 janvier 2026Chiffres vérifiés sur les sources officielles

Le carton de factures de 2011 mérite-t-il encore sa place dans le placard ? La réponse dépend moins de l'ancienneté que de la famille à laquelle le document appartient. Chaque matière a sa propre durée, son propre point de départ, et sa propre sanction en cas de destruction prématurée.

Comptabilité : dix ans, à compter de la clôture

Les livres et registres comptables se conservent dix ans à compter de la clôture de l'exercice. Cela vise le livre-journal, le grand livre, le livre d'inventaire, mais aussi l'ensemble des pièces justificatives : factures d'achat et de vente, notes de frais, bons de commande, bons de livraison, relevés bancaires.

Le point de départ est la clôture, pas la date de la pièce. Une facture de mars 2020, dans un exercice clos le 31 décembre 2020, se conserve jusqu'au 31 décembre 2030. C'est le décompte le plus long du lot, et c'est lui qui sert de repère pratique : garder dix ans par défaut évite la plupart des erreurs.

  • Conserver dix ans les livres, registres et pièces justificatives comptables.
  • Compter la durée à partir de la clôture de l'exercice, non de la date du document.
  • Garder les comptes annuels et les rapports de gestion sur la même durée.
  • Archiver le fichier des écritures comptables de chaque exercice au format attendu.

Fiscalité : six ans, avec des exceptions plus longues

Le délai fiscal de conservation est de six ans à compter de la dernière opération mentionnée sur le document, ou de la date à laquelle il a été établi. Il couvre les déclarations, leurs annexes et les justificatifs correspondants : impôt sur les sociétés, TVA, cotisation foncière des entreprises, impôts locaux.

Ce délai de six ans dialogue avec le délai de reprise de l'administration, généralement de trois ans, parfois porté à dix ans en cas d'activité occulte. La marge n'est donc pas confortable par hasard : elle couvre les situations où le contrôle porte sur des exercices anciens.

Certaines pièces réclament davantage. Les documents relatifs aux immobilisations se conservent tant que le bien figure au bilan, puis pendant la durée applicable après sa sortie : un immeuble acquis il y a quinze ans suppose de garder l'acte, le plan d'amortissement et les factures de travaux, qui serviront au calcul de la plus-value le jour de la cession.

Le fichier des écritures comptables se conserve au même titre qu'un livre comptable, et il doit rester lisible avec les moyens de l'époque. Un fichier archivé dans un format propriétaire abandonné équivaut, en pratique, à un fichier perdu. Conserver l'export au format normalisé, texte ou XML, met à l'abri de ce piège.

Social et paie : cinq ans, parfois beaucoup plus

Le bulletin de paie se conserve cinq ans par l'employeur, de même que les documents relatifs aux contrats de travail, aux salaires, aux primes et aux indemnités. Le registre unique du personnel se garde cinq ans à compter du départ du salarié.

Les documents liés aux charges sociales et aux déclarations suivent la même durée de cinq ans. Les comptes rendus de réunion des instances représentatives et les observations d'inspection du travail se conservent cinq ans également.

Deux catégories font exception par leur durée. Les documents permettant de reconstituer une carrière, et notamment les doubles de bulletins, gagnent à être conservés sans limite : un salarié peut en avoir besoin des décennies plus tard pour liquider sa retraite, et l'employeur reste le seul détenteur fiable. Les déclarations d'accident du travail se conservent cinq ans, mais les dossiers d'exposition à des risques professionnels beaucoup plus longtemps.

Commercial et juridique

Les contrats commerciaux, la correspondance associée et les documents bancaires se conservent cinq ans. Les contrats conclus par voie électronique au-delà de 120 € se gardent dix ans à compter de la livraison ou de l'exécution.

Côté vie sociale, les statuts, procès-verbaux d'assemblée, registres de titres et feuilles de présence se conservent cinq ans à compter de la radiation de la société, et non de leur établissement. Les documents relatifs au capital, aux augmentations et aux cessions de titres méritent d'être gardés sans limite tant que la société existe.

  • Classer les contrats par date de fin d'exécution, pas par date de signature.
  • Conserver les polices d'assurance deux ans après la fin du contrat.
  • Garder les documents de propriété intellectuelle cinq ans après l'expiration du titre.
  • Archiver séparément ce qui touche au capital et aux titres, sans date de purge.

Une SARL clôt son exercice le 31 décembre. En janvier 2026, elle fait le tri. Les pièces comptables de l'exercice 2015, clos le 31 décembre 2015, arrivent au terme des dix ans : elles peuvent partir. Les bulletins de paie de 2020 ont dépassé les cinq ans, mais les doubles sont conservés malgré tout pour les besoins de carrière des salariés. Les factures de travaux sur le local acquis en 2012 restent en place : le bien figure toujours au bilan, et ces factures serviront au calcul de la plus-value lors d'une future cession. Sur trois mètres linéaires d'archives, un seul part au recyclage.

Numériser, et détruire l'original en sécurité

Il est possible de conserver sous forme numérique une facture reçue sur papier, et de détruire l'original, à condition que la copie soit fidèle et durable. Les exigences sont précises : reproduction à l'identique, sans perte ni retouche, dans un format qui garantit l'intégrité dans le temps, avec une empreinte numérique et un horodatage qui permettent de démontrer que le fichier n'a pas été modifié.

La facture nativement électronique suit une autre logique : elle se conserve sous sa forme d'origine, dans le format dans lequel elle a été émise ou reçue, avec les éléments qui en garantissent l'authenticité et l'intégrité. L'imprimer ne suffit pas, et ne dispense pas de conserver le fichier.

Un dernier réflexe évite bien des regrets : conserver les données au moins en double, sur deux supports distincts, dont l'un hors des locaux. Un contrôle qui tombe après un dégât des eaux ne bénéficie d'aucune indulgence particulière, et l'impossibilité de produire une comptabilité peut conduire à son rejet pur et simple.

Sources officielles

Chiffres à jour au 30 janvier 2026 — revus à chaque loi de finances.

Ce cas-là aussi. Et les autres.

La compta décrite dans cet article ? Marguerite la prépare, la validation reste humaine.