Le FEC : le fichier que l'administration peut demander
Un seul fichier contient toutes les écritures d'un exercice : le FEC. L'administration peut le réclamer dès le premier jour d'un contrôle, et il sert aussi, au quotidien, à changer de logiciel sans ressaisir une année entière.
Le FEC, une comptabilité qui tient dans un fichier
Derrière l'acronyme se cache une idée simple. Le FEC, ou fichier des écritures comptables, est l'export informatique de l'intégralité des écritures d'un exercice : chaque ligne de journal, de la première vente au dernier amortissement, réunie dans un seul fichier au format normalisé. Là où l'administration devait autrefois éplucher des classeurs, elle reçoit désormais un fichier qu'elle passe au crible en quelques minutes avec ses propres outils.
Le FEC n'est pas un document que l'entreprise rédige : il se génère à partir de la comptabilité déjà tenue. Un logiciel conforme le produit en un clic. Toute la difficulté — quand il y en a une — vient d'une comptabilité incomplète ou déséquilibrée en amont, jamais du fichier lui-même. Bien tenue, une comptabilité produit un FEC impeccable sans effort ; bâclée, elle le trahit aussitôt.
À qui il s'impose
La règle vise toute entreprise qui tient une comptabilité informatisée, c'est-à-dire au moyen d'un logiciel — la quasi-totalité des sociétés et des professionnels au réel. Peu importe la taille : une SASU sans salarié comme un groupe international doit pouvoir présenter son FEC. Seules les structures qui tiennent encore une comptabilité entièrement manuscrite y échappent, une hypothèse devenue rarissime. La logique est simple : dès lors qu'un ordinateur enregistre les écritures, le fichier doit pouvoir en restituer la totalité, sans tri ni sélection préalable.
Le régime micro fait exception, car il ne tient pas de comptabilité d'engagement mais un simple livre des recettes. En revanche, une société à l'impôt sur les sociétés, une SCI qui tient une comptabilité, un professionnel en BNC au régime de la déclaration contrôlée : tous relèvent du FEC.
Les dix-huit colonnes du fichier
Le contenu du FEC est fixé à la colonne près par l'article A47 A-1 du livre des procédures fiscales. Dix-huit champs, toujours les mêmes, toujours dans le même ordre. Les voici en clair.
| Champ | Ce qu'il contient |
|---|---|
| JournalCode | Code du journal (ventes, achats, banque…) |
| JournalLib | Libellé du journal |
| EcritureNum | Numéro d'écriture, sur une séquence continue |
| EcritureDate | Date de comptabilisation |
| CompteNum | Numéro de compte (plan comptable) |
| CompteLib | Libellé du compte |
| CompAuxNum | Compte auxiliaire (client, fournisseur) |
| CompAuxLib | Libellé du compte auxiliaire |
| PieceRef | Référence de la pièce justificative |
| PieceDate | Date de la pièce justificative |
| EcritureLib | Libellé de l'écriture |
| Debit | Montant au débit |
| Credit | Montant au crédit |
| EcritureLet | Lettrage de l'écriture |
| DateLet | Date de lettrage |
| ValidDate | Date de validation |
| Montantdevise | Montant en devise |
| Idevise | Identifiant de la devise |
Les derniers champs — lettrage, dates de lettrage, devise — restent vides quand ils ne s'appliquent pas, mais la colonne, elle, doit exister. C'est cette rigueur de structure qui permet à un fichier produit par n'importe quel logiciel d'être lu par l'administration sans traduction. Lire une ligne devient alors intuitif : le journal, la date, le compte, la pièce d'origine, le montant au débit ou au crédit — chaque écriture y est reconstituée dans son entier, comme une phrase dont aucun mot ne manque.
Format et conformité
Le FEC est un fichier texte, où chaque champ est séparé du suivant par une tabulation ou une barre verticale (le caractère « | »). Son nom obéit lui aussi à une règle : le numéro SIREN de l'entreprise, suivi de « FEC », puis de la date de clôture — par exemple 123456789FEC20251231.txt. L'administration met à disposition un logiciel gratuit, Test Compta Demat, qui contrôle la conformité d'un fichier hors de tout contexte de vérification. Le passer une fois par an, après la clôture, lève l'essentiel des doutes. Un dernier détail compte : les montants s'écrivent avec un séparateur décimal cohérent et sans symbole monétaire, et l'encodage du fichier doit rester lisible pour éviter que les accents ne se muent en caractères parasites.
Un FEC absent, illisible ou non conforme n'est pas un simple oubli formel : l'article 1729 D du CGI prévoit une amende d'au moins 5 000 € par exercice concerné. La parade tient en une phrase — générer le fichier chaque année à la clôture et le tester, plutôt que de le découvrir le jour d'un contrôle.
Quand l'administration le réclame
Le FEC entre en scène au tout début d'une vérification de comptabilité. Dès l'avis de vérification reçu, l'entreprise doit remettre son fichier — en principe sous quinze jours. Le vérificateur l'analyse alors avec des outils de tri qui repèrent en un instant une numérotation d'écritures interrompue, un déséquilibre entre débits et crédits, ou des saisies passées après la clôture. Un FEC propre envoie d'emblée un signal de sérieux ; un FEC bancal ouvre au contraire la porte aux questions. Cette même analyse peut d'ailleurs se dérouler à distance, sans aucune visite : c'est l'examen de comptabilité, mené sur le seul fichier transmis par l'entreprise.
Nadia, consultante en EURL, quitte son ancien logiciel pour une solution plus complète. Plutôt que de ressaisir douze mois d'écritures, elle exporte le FEC de l'exercice clos depuis l'ancien outil et l'importe dans le nouveau : les 480 lignes de son journal — ventes, achats, banque, amortissements — reprennent leur place, à l'euro et à la date près. Elle en profite pour passer le fichier dans Test Compta Demat : zéro anomalie. Sa comptabilité a changé de maison sans rien perdre en route.
Changer d'outil sans rien perdre
C'est l'usage le plus quotidien du FEC, loin du contrôle fiscal. Parce que son format est universel, le fichier sert de passerelle entre logiciels : quitter un outil, en essayer un autre, confier un exercice à un tiers pour révision — tout passe par cet export standard. Une comptabilité n'est jamais prisonnière du logiciel qui l'a saisie, à condition que celui-ci sache produire un FEC conforme. Vérifier ce point avant de s'engager épargne bien des regrets : un logiciel qui n'exporte pas proprement le FEC est un logiciel dont on ne sort pas facilement.
Sources officielles
- Légifrance — Article A47 A-1 du livre des procédures fiscales
- impots.gouv.fr — Fichiers standards des écritures comptables (art. L. 47 A-1 LPF)
- BOFiP — Format du fichier des écritures comptables (BOI-CF-IOR-60-40-20)
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La compta décrite dans cet article ? Marguerite la prépare, la validation reste humaine.