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Micro-entreprise ou SASU : que choisir en 2026 ?

Abattement forfaitaire contre frais réels, cotisations sur le chiffre d'affaires contre bulletins de paie : le duel micro-entreprise / SASU se tranche avec des chiffres, pas avec des slogans. Comparatif complet, seuils 2026 à l'appui.

Comparatif·7 min de lecture·Mis à jour le 12 mai 2026Chiffres vérifiés sur les sources officielles

D'un côté, un régime ultra-simple où tout se calcule en pourcentage des encaissements. De l'autre, une vraie société, avec fiche de paie, bilan et frais déduits au réel. Micro-entreprise et SASU ne jouent pas dans la même catégorie : elles répondent à deux logiques opposées, et le bon choix dépend moins du statut à la mode que des chiffres propres à chaque activité.

Deux logiques opposées

La micro-entreprise repose sur un pari de simplicité. Plutôt que de déduire les dépenses réelles, l'administration applique un abattement forfaitaire — une réduction automatique censée représenter les frais professionnels. Cotisations et impôt se calculent directement sur le chiffre d'affaires encaissé. Aucun bilan à produire, un simple livre des recettes à tenir.

La SASU prend le chemin inverse : la société tient une comptabilité complète, déduit chaque charge réelle — loyer, matériel, sous-traitance, rémunération du président — et n'est imposée que sur le bénéfice restant. Plus lourd à administrer, mais fidèle à la réalité économique : une activité chargée en frais y retrouve son compte.

La micro-entreprise, version 2026

Les seuils ont été revalorisés de 7,6 % pour la période 2026-2028 : le régime s'applique jusqu'à 203 100 € de chiffre d'affaires pour les ventes de marchandises et 83 600 € pour les prestations de services et les professions libérales. L'abattement forfaitaire atteint 71 % pour les ventes, 50 % pour les services commerciaux et 34 % pour les activités libérales (BNC), avec un minimum de 305 €.

Les cotisations sociales se prélèvent sur le chiffre d'affaires : 12,3 % pour les ventes, 21,2 % pour les services, et 25,6 % pour les professions libérales du régime général — un taux relevé au 1er janvier 2026 (23,2 % pour les libéraux rattachés à la Cipav). S'y ajoute, sur option et sous condition de revenu fiscal, le versement libératoire de l'impôt sur le revenu : 1 %, 1,7 % ou 2,2 % du chiffre d'affaires selon l'activité, réglé en même temps que les cotisations et pour solde de tout compte.

Changement notable : pour les créations à partir du 1er juillet 2026, l'ACRE — l'exonération partielle de cotisations de la première année — est ramenée de 50 % à 25 % de réduction (décret n° 2026-69). Les créations antérieures conservent leurs 50 %.

La SASU : frais réels et fiche de paie

En SASU, le bénéfice supporte l'impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € (sous conditions de chiffre d'affaires et de détention du capital), 25 % au-delà. Le président, « assimilé salarié », se rémunère par bulletin de paie ; les cotisations représentent environ 80 % du salaire net, en contrepartie d'une protection sociale complète — retraite, maladie, prévoyance — hors assurance chômage. Sans rémunération, aucune cotisation à payer, mais aucun droit acquis non plus.

Deuxième levier : les dividendes, prélevés sur le bénéfice après IS. Ils supportent en 2026 la « flat tax » (prélèvement forfaitaire unique) de 31,4 % — 12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux, la CSG sur les revenus du capital ayant été relevée cette année ; c'était 30 % en 2025. Moins de protection sociale que le salaire, mais une fiscalité connue d'avance.

TVA : le point commun du départ

Sur ce terrain, égalité parfaite : micro-entreprise comme SASU bénéficient de la franchise en base de TVA tant que le chiffre d'affaires reste sous 37 500 € pour les services ou 85 000 € pour les ventes. Pas de TVA facturée, pas de TVA récupérée. La réforme qui devait abaisser ces seuils à un plancher unique de 25 000 € a été abrogée fin 2025 : les seuils historiques s'appliquent bien en 2026. Au-delà, les deux statuts collectent et déclarent la TVA dans les mêmes conditions.

Le match, en chiffres

CritèreMicro-entrepriseSASU
Plafond de recettes203 100 € (ventes) / 83 600 € (services, libéral)Aucun
Base imposableCA après abattement forfaitaire (71 / 50 / 34 %)Bénéfice réel après charges
Cotisations sociales12,3 à 25,6 % du CASur la rémunération du président (environ 80 % du net)
ImpôtBarème IR ou versement libératoire (1 à 2,2 %)IS 15 % puis 25 % ; dividendes au PFU 31,4 %
TVA au départFranchise sous 37 500 / 85 000 €Franchise identique
ComptabilitéLivre des recettesBilan, compte de résultat, dépôt au greffe
Protection socialeLimitée, proportionnelle au CARégime général (hors chômage) dès qu'il y a salaire
Sonia, consultante en communication, encaisse 60 000 € et supporte 6 000 € de frais réels. En micro-BNC : 25,6 % de cotisations, soit 15 360 € ; il lui reste 44 640 €, moins ses 6 000 € de frais payés de sa poche, soit 38 640 € avant impôt — un impôt calculé sur 39 600 € après l'abattement de 34 %. En SASU : une fois les frais déduits, 54 000 € financent un salaire net de 24 000 € (coût total d'environ 43 200 € cotisations comprises) ; le bénéfice restant, 10 800 €, subit 1 620 € d'IS, et le solde distribué en dividendes laisse environ 6 300 € nets après la flat tax. Total perçu : environ 30 300 €, avant l'impôt sur le salaire. À ce niveau d'activité et avec peu de frais, la micro garde nettement l'avantage.

Quand basculer vers la SASU ?

Trois signaux méritent attention. Les seuils d'abord : un chiffre d'affaires qui flirte avec 83 600 € ou 203 100 € annonce la sortie du régime micro. Les frais ensuite : dès qu'ils dépassent durablement l'abattement forfaitaire — matériel coûteux, sous-traitance, local —, le réel devient plus juste que le forfait. Le projet enfin : embaucher, s'associer, lever des fonds ou mettre son patrimoine à l'abri plaide pour la société.

Le passage ne se fait pas d'un clic : il faut créer la société, lui apporter ou lui céder l'activité, puis radier la micro-entreprise. Une transition à préparer quelques mois à l'avance, idéalement calée sur la fin d'une année civile — et à décider chiffres en main plutôt qu'à l'instinct.

Sources officielles

Chiffres à jour au 12 mai 2026 — revus à chaque loi de finances.

3 minutes par mois. Dès 9,99 €.

La compta décrite dans cet article ? Marguerite la prépare, la validation reste humaine.